 |
Extrait de Cadres de peintres d' Isabelle Cahn, Réunions des Musées nationaux, Hermann éditeur. |
Quelques textes de critiques d' art de cette époque à propos du souci de l' encadrement pour les œuvres de peintres.
Le néo-impressionnisme
à la IVème exposition des artistes indépendants
(Pavillon de la Ville de Paris, 22 mars-3 mai 1888)
[ Dubois-Pillet ]
Sous la lampe : l'abat-jour à historiages japonais concentre la clarté sur un tapis vert à bande multicolore ; au mur, une marine impressionniste devinée. La toile s'entoure d'un cadre en couronne où circuitent de franches variations violettes. Le cadre sort de sa neutralité, prend une existence propre. Est-il peint pour la mise en valeur du tableau ou vice-versa ? Question en quoi réside l'inconvénient de cette polychromie, renouvelée des tentatives moins systématiques et déjà anciennes de Gauguin et de Mary Cassat. L'essai de M. Seurat est plus licite, sauf réserves.
[ Seurat ]
Les avantages du cadre blanc sont bien évidents. Aussi M. Seurat, loin d'adopter le cadre en couleur, note simplement sur son cadre blanc les réactions des couleurs voisines. S'il s'arrête, c'est fort bien. Mais parfois ce cadre, influencé par le tableau et qui, jusque là, reste philosophiquement blanc et abstrait, il l'imagine circonscrivant dans la réalité le paysage et, selon la logique de cette inutile hypothèse, il le ponctue d'orangé ou de bleu suivant que le soleil est derrière ou devant le spectateur, suivant donc que le cadre est dans la lumière ou dans l'ombre : et le cadre, tout en restant blanc, acquiert, comme dans le système de M. Dubois-Pillet, une réalité absurde.
Félix Fénéon
L'Art moderne de Bruxelles, 15 avril 1888 Œuvres plus que complètes, t. I. 1970